Découvrir L'islam

La rencontre avec le monde musulman est devenue presque quotidienne. Mais il y a des obstacles sur le chemin de cette rencontre! L'islam est souvent perçu par nos contemporains comme une menace extérieure, une vague d'intolérance ou de fanatisme. C'est oublier que l'Occident chrétien n'a guère donné au cours des siècles des leçons très convaincantes sur les Droits de l'Homme.

Pour nous, chrétiens observant le monde musulman avec la compassion du Christ, l'islam constitue un défi à notre capacité de comprendre Dieu, un défi à notre aptitude à parler de Lui et à notre volonté de croire en Lui! Le zèle musulman est un aiguillon pour l'Eglise qui sommeille et un avertissement pour ceux qui contestent l'emprise de la foi sur la raison.  Le chrétien doit absolument se situer lui-même dans sa relation à Dieu et au monde s'il veut pouvoir s'approcher de son prochain et communiquer avec lui. La peur est mauvaise conseillère: elle engendre autour de nous le racisme, le mépris et l'agressivité. L'incrédulité ou le rationalisme excessif ne sont pas appropriés dans une recherche où le nom de Dieu, sa Parole communiquée aux prophètes et son action dans l'histoire sont les clefs incontournables de tout échange.

Nous ne recherchons pas la rencontre d'une religion ou d'une idéologie, mais celle d'une personne, le musulman, mon prochain . Lorsque ma démarche dépasse l'observation polie des différences et devient communication sur l'Essentiel, j'éprouve généralement une certaine difficulté à parler au musulman de l'amour de Dieu, de la Croix qui sauve, de l'Evangile qui libère. Ces choses sont tellement différentes de ce qu'il croit! Nous voudrions dans ces quelques lignes encourager à une connaissance respectueuse de l'autre et à un témoignage sans détours et sans agressivité. Car le chrétien a aussi quelque chose à apporter au musulman: l'amour de Dieu manifesté en Jésus, le Messie .

Une communauté soumise à Allah

Le musulman est un homme qui abandonne sa volonté propre pour vivre dans l'obéissance à la volonté de Dieu. C'est ce que veulent dire les mots «islam» et «musulman». II s'agit d'une attitude globale qui englobe tous les aspects de la vie. En principe, on devrait pouvoir en dire autant de la consécration d'un vrai chrétien au Christ, dont il devient le disciple pour la vie et pour la mort.

La différence entre l'homme pieux musulman et l'homme pieux chrétien vient de ce que l'on considère comme la "volonté" d'Allah ou de Dieu, de la manière dont cette volonté est révélée ou recherchée et des profonds contrastes entre les visions du monde que ces religions engendrent.

L'islam est une religion communautaire, l'accent étant mis sur l'adhésion du groupe plutôt que sur l'adhésion de l'individu. Historiquement, ce sont des clans puis des tribus arabes qui ont fait alliance avec Muhammad. C'est l'ensemble de la communauté qui doit être "soumis" à la volonté d'Allah. La soumission de l'individu est la conséquence nécessaire de la soumission du groupe, qui établit un devoir de surveillance sur tous les membres de la communauté.

En raison de cette très forte cohésion du groupe, l'islam n'est pas seulement une religion, mais aussi un système politique, social, économique, éducatif et judiciaire. Ses adeptes disent volontiers: « L'islam est une religion et un monde». Chaque geste de la vie courante, publique ou privée, est codifié par cette "Imitation du Prophète" et de ses Compagnons: on l'appella la Sunna, la Tradition. Elle complète et interprète le Coran, qui est le recueil des prédications de Muhammad. On appelle «sunnites» les musulmans qui s'attachent au respect de cette Tradition.

A chaque moment important de la vie, la "Confession de foi" est récitée pour attester la soumission de l'individu à son Dieu et son appartenance à la communauté. La plupart des rites de l'islam sont collectifs (prière publique, jeûne du Ramadan, pèlerinage...). En islam, une grande partie de la responsabilité et de la piété de l'individu est en fait reportée sur le groupe et assumée par la communauté des croyants.

Une culture arabo-musulmane

Avec une telle interpénétration des croyances et des coutumes, la société musulmane apparaît comme un ensemble très homogène, à l'instar de la société médiévale européenne. Même si les jeunes manifestent de la curiosité vis-à-vis de l'Occident, ils sont avant tout fiers d'appartenir à la communauté de l'islam. Une culturearabo-musulmane très complète, indépendante de l'antiquité gréco-latine qu'elle a pourtant véhiculée, s'est constituée au fil des douze siècles d'expansion de l'islam. Le monde arabo-musulman a ses héros, ses grandes causes, sa littérature, sa musique. II a sa logique politique, malgré les différences d'interprétation d'un pays à l'autre.

L'architecture et l'art musulmans témoignent d'une forte unité dans des pays aussi divers que l'Inde ou l'Algérie. La langue arabe, dont la complexité aurait très bien pu constituer un handicap majeur, est devenue une langue de communication reconnue de l'Indonésie à l'Espagne. Si l'éthique chrétienne et le Code Napoléon inspirent très largement nos lois, les pays musulmans ont des droits coutumiers inspirés du Coran (le Fiqh). Les Etats - qui doivent être «musulmans» comme leurs sujets - sont de plus en plus nombreux à revenir à la Charia ou Loi islamique.

Comprendre les échelles de valeur, les points de référence et la vision du monde des musulmans n'est pas aisé. II faut se mettre à l'école, en toute humilité, étudier l'histoire du monde arabo-musulman, tellement négligée dans nos manuels scolaires, meme goûter la musique et la poésie de la langue arabe... C'est la condition pour être capable d'échanger des idées et de délivrer notre message dans des termes compréhensibles.
Le musulman - quant à lui - aura tendance à croire que la civilisation occidentale est aussi cohérente que la sienne et il aura beaucoup de mal à admettre une distinction entre foi chrétienne et culture occidentale.

Certains peuples musulmans ont vu débarquer sur leur sol ensemble le colon et le missionnaire (ou alors ils ont été habitués à penser qu'il en a été ainsi). Par conséquent, ils jugent volontiers la religion chrétienne d'après le spectacle ahurissant de notre société occidentale sans morale et décadente. Ils se disent convaincus que nos lois sont le reflet de notre foi, en partie parce qu'il devrait en être ainsi chez eux. Beaucoup de musulmans confondent les mots "chrétien," « protestant » et « catholique »; ils croient que toutes les églises chrétiennes contiennent des statues et des objets de vénération. II faudra du temps, de la patience, de l'humilité et une grande sensibilité pour démêler l'écheveau.

Analogies et faux amis

Ce qui rend difficile le témoignage auprès des musulmans, ce qui empêche souvent le musulman de comprendre le christianisme, ce sont plutôt les analogies entre les deux religions. Qu'il s'agisse de vraies similitudes ou de comportements communs à toutes les formes de piété humaine, il y a entre le christianisme tel qu'il est vécu a l'Occident et l'islam tant de points communs que les confusions sont inévitables.

Tout d'abord, l'islam est une religion monothéiste . Quelque soit le nom qu'on lui donne, le Dieu Unique aura des traits communs. Ensuite, l'islam est une religion "prophétique" . Là encore, on remarquera des parallélismes frappants entre les prédications à l'origine des deux religions. Enfin, l'islam et le christianisme ont tous deux pour arrière-plan la révélation de l'Ancien Testament.

Les musulmans parlent souvent de façon élogieuse de Jésus, de Marie et des prophètes bibliques. Ils revendiquent la paternité d'Abraham et la majorité d'entre eux croient que Jésus reviendra à la fin des temps. Les deux religions sont nées au Moyen-Orient et avec le judaïsme, elles revendiquent toutes les trois Jérusalem comme Ville Sainte. Si l'on quitte le terrain des Ecritures pour celui, bien plus mouvant, des pratiques religieuses, on note également de nombreuses analogies: jeûnes, pèlerinages, chapelles et saints locaux, prières récitées, circoncision souvent comparée au baptême...

Chrétiens et musulmans ont trop d'héritages communs pour pouvoir éviter les confusions et les malentendus, mais aussi trop de divergences pour pouvoir trouver un langage commun. Souvent, chrétiens et musulmans attribuent des sens différents au même mot. Ainsi les notions exprimées par les termes "péché", "prière", "foi", pour ne citer que ceuxlà, sont très différentes selon que l'on se place dans un contexte chrétien ou musulman.

Une récitation révélée

Comme le judaïsme et le christianisme, l'islam appuie ses enseignements sur l'autorité d'un Livre, le Coran, qui rassemble les prédications récitées par Muhammad tout au long des vingt années de son "ministère". Aux yeux des musulmans, le Coran a la prééminence sur tous les autres écrits sacrés. Muhammad affirmait avoir entendu la voix de Dieu par l'intermédiaire d'un ange; selon la tradition, il s'agissait de l'ange Gabriel.

Le mot "Qur'ân" lui-même vient du verbe "réciter" et rappelle l'ordre reçu par Muhammad sur le mont Hira. Le Coran se présente donc comme une suite de sermons et de déclamations, dans laquelle les anecdotes ou les points de repère historiques sont beaucoup plus rares que dans la Bible. Selon la tradition musulmane, Muhammad ne savait ni lire, ni écrire. Les musulmans insistent beaucoup sur ce "miracle" de la Récitation, le seul qui soit unanimement attribué au Prophète de l'islam.

Aux yeux des musulmans, la révélation du Coran s'est faite par dictée et par conséquent, le Coran est nécessairement exempt d'erreur. En fait, les musulmans disent que le Coran que nous pouvons lire n'est qu'une copie partielle d'un livre plus saint, la "mère du Livre" qui n'existe dans sa forme complète qu'au ciel . Certains musulmans pensent que ce Livre-là est incréé, qu'Il existe de toute éternité au niveau le plus élevé du paradis. II s'agit là très certainement d'une influence du dogme chrétien de la préexistence éternelle du Logos, Parole de Dieu.

La forme et le contenu de plusieurs chapitres du Coran ont été marqués par les circonstances politiques de l'époque, notamment par les attaques des adversaires de Muhammad. Sa pensée porte aussi l'empreinte d'influences judéo-chrétiennes, le Coran rapporte certaines traditions et met en scène des personnages bibliques, mais il leur prête de nombreux actes et paroles étrangers à l'Ecriture. Pour défendre sa version des faits, Muhammad suggérera que les juifs et les chrétiens ont corrompu le message de la Bible et que lui, Muhammad, avait reçu de Dieu la version inspirée et définitive du message de Dieu à l'humanité.

Principales croyances de l'islam

Le contenu du Coran peut être divisé en trois grands groupes d'enseignements: 

  • les avertissements du jour du Jugement à venir,
  • de longs récits sur les prophètes,
  • et les règles concernant la vie de la communauté islamique,
  • le tout entrecoupé de fragments de doctrine sur Dieu, la création, le monde spirituel, le paradis et l'enfer.

La théologie de l'islam forme un ensemble aussi vaste et aussi complexe que la théologie chrétienne. L'islam se présente comme une religion universelle, que doivent à terme embrasser tous les hommes. Bien plus, les musulmans considèrent l'islam comme "La" religion naturelle, celle d'Adam et des prophètes après lui, dont seule l'influence du Diable a pu détourner les hommes, en les poussant à "associer" au culte originel d'Allah des cultes à d'autres êtres. Même la nature et les animaux, ainsi que les anges et les démons sont présentés comme "soumis", musulmans. Aux yeux d'un musulman, l'islam englobe donc le passé, le présent et l'avenir!

L'islam n'est pas monolithique. En dépit des apparences, le monde musulman n'est pas homogène et il existe une large palette de sensibilités et de croyances. Dans certains cas, le seul point commun entre deux musulmans sera la pratique des "cinq piliers" (voir plus loin). L'histoire de l'islam a été aussi mouvementée que celle de la chrétienté et les luttes pour le pouvoir spirituel et temporel ont laissé de profondes cicatrices, dont la plus connue est le schisme entre les sunnites (partisans du califat) et les chiites (partisans de I"'imâm caché"). Mais le chiisme est lui-même divisé en plusieurs branches, sa forme iranienne (chiisme duodécimain) n'étant qu'une des variantes, rendue célèbre par la Révolution de 1979. Quant au sunnisme,numériquement majoritaire, il se divise plus subtilement en une demi-douzaine d'écoles de droit religieux (parfois dénommées "rites"), avec des variantes ethniques et régionales qu'explique la très grande dispersion de ses adeptes.

L'islam sunnite accorde une place très importante à la tradition. Les docteurs de l'islam disent volontiers que «la Sounna peut se passer du Coran, mais non le Coran de la Sounna». Conçue à l'origine comme le pendant historique et anecdotique des prédications coraniques (souvenir du contexte, des motivations, des réactions aux versets "inspirés"), la "Sounna" est très vite devenue un ensemble monumental comportant d'innombrables prescriptions juridiques (source de la Charia ou droit musulman), une hagiographie complète (la "Sira", ou recueil des traditions concernant la vie du prophète Muhammad et de ses proches) et une collection très hétéroclite de sentences attribuées au "Prophète", dont certaines interprètent le sens de versets du Coran.

La plupart des musulmans connaissent fort mal l'islam des théologiens. En principe, les jeunes musulmans apprennent à lire l'arabe dans le Coran (c'est l'école "coranique"). Ils apprennent également tous à réciter certains passages comme la première sourate ou les textes apologétiques contre les juifs ou les chrétiens. Mais dans la pratique, seule une faible proportion des enfants musulmans fréquente vraiment l'école coranique, et cette proportion devient insignifiante dans les pays européens, malgré quelques sursauts récents. A l'inverse, des enfants de la communauté ibadite du M'Zab algérien récitent vers l'âge de douze ans le

Coran par coeur!

Mais l'islam est avant tout vécu comme un ensemble de pratiques traditionnelles. Les constructions théologiques sont réservées à l'élite, elles sont le plus souvent totalement inconnues des fidèles. II est même possible que votre ami musulman hésite au moment de citer les "cinq piliers". Par contre, il connaîtra les pratiques liées à la Fête du Mouton (l' "Aïd elKebir", la Grande Fête), dont le Coran ne mentionne même pas l'existence.

Les pratiques préislamiques et occultes restent vivaces en terre d'islam. Qu'il soit Malais ou Sénégalais, le musulman conserve, à côté de la religion officielle qu'est l'islam, une piété populaire teintée d'animisme, et tout un commerce d'amulettes, d'objets sacrés comme les représentations de la main de Fatima, du mauvais oeil...

Le CREDO musulman ("IMAN")

Une des formulations de la "foi" musulmane peut être trouvée dans la sourate "Les Femmes", IV: 136, qui l'exprime dans les termes suivants:

O vous qui croyez!
Croyez en Dieu et en son Prophète,
Au Livre qu'il a révélé à son Prophète et au Livre qu'il a révélé auparavant.
Quiconque ne croit pas en Dieu, à ses anges et ses Livres, à ses prophètes et au Jour Damier, se trouve dans un profond égarement.

Nous allons reprendre chaque expression en la commentant en quelques mots:

DIEU ("ALLAH")

Pour l'islam, il n'y a qu'une seule divinité ou Personne divine, à l'exclusion de tout autre objet d'adoration, qu'il soit associé, engendré ou juxtaposé.

L'islam rejette ce qu'il croit comprendre de la doctrine trinitaire chrétienne, et en particulier refuse l'idée d'un "Fils engendré".

L'islam insiste sur la transcendance absolue et la différence absolue entre Allah et ses créatures.

Au nom d'Allah, le Bienfaiteur miséricordieux. Dis: «Il est ALLAH, Unique, ALLAH le Seul. II n'a pas engendré et n'a pas été engendré. N'est égal à lui personne!» (sourate CXII; Blachère)

Cette déclaration d'unicité fait directement écho au "chema Israël" du judaïsme:

Ecoute, Israël
Yahweh Eloheynu (fEtemel notre Dieu),
Yahweh est Un!
(Deutéronome 6 v. 4)

Le nom divin "ALLAH" vient très probablement de Elohim (Dieu), en passant par le syriaque (araméen) "Alloo".

Le premier vers de la sourate CXII se lit en arabe: "Bismillah ar-rahim ar-rahman"; c'est une formule d'introduction que l'on retrouve en tête de chaque sourate et qui veut être l'écho de la formule sacrée des prophètes juifs : "Car ainsi parle l'Eternel..." (Ezéchiel 22 v. 28).

Les épithètes de "bienfaiteur miséricordieux" (en arabe "ar-rahim ar-rahman") viennent en droite ligne de la déclaration de Dieu lui-même en Exode 34 v. 6:

Yahweh, Yahweh, Dieu compatissant et qui fait grâce, lent à la colère, riche en bienveillance et en fidélité...

SES ANGES ("malaikatuhu")

Les musulmans croient à l'existence d'un monde invisible qui nous entoure et qui est peuplé d'anges et de démons, les djinns, créés "de feu clair' (sourate LV:15) pour être réprouvés (sourate XXXVII:158). Les anges glorifient Allah (sourate XVI:49) et porteront son trône (sourate LXIX:17). Ils portent les ordres d'Allah et sont souvent associés à l' "Esprit":

... Allah, Maître des Degrés... Les anges et l'Esprit montent vers Lui au cours d'un jour dont la durée est de cinquante mille ans. (sourate LXX:4; Blachère)

Les anges ont aussi pour les musulmans la charge d'écrire dans des livres les actes bons ou mauvais des hommes. Les anges et les démons ont aussi leur place dans la vision du monde biblique et les textes apocalyptiques font état des "livres" et du "Livre de Vie" (Apocalypse 20 v. 12). II existe pourtant des nuances importantes entre la Bible et le Coran sur ce sujet. En particulier, le Coran cite des noms d'anges inconnus dans la Bible et ne donne pas au Diable ("Iblis", du grec "Diabolos") un rôle très important.

SES APOTRES ("rusuluhu")

Le musulman croit en la mission particulière du prophète arabe Muhammad ("le Loué"), ibn Abdallah (fils de "serviteur de Dieu"), envoyé aux Arabes premièrement (comme Moïse fut envoyé aux Enfants d'Israël), puis à tous les hommes avec la Dernière Révélation, la seule qui atteigne la perfection, pour enseigner à tous les hommes la religion de l'abandon et de la soumission (islam) à la volonté d'Allah.

Et il est certes une Révélation du Seigneur des Mondes descendue (du ciel] par (Esprit fidèle, sur ton cceur, pour que tu sois parmi les Avertisseurs, en langue arabe pure et cela se trouve certes dans les écritures des Anciens... (sourate )XXVI:192-196)

SES LIVRES ("kutubuhu")

Pour les musulmans, le Coran est LE LIVRE par excellence, inimitable, qui reproduit fidèlement un original céleste ("la Mère du Livre"), écrit en langue arabe et gardé par les anges dans le paradis.

Ils disent: «Si seulement des signes, venus de son Seigneur, étaient descendus sur lui!» Dis: «Les Signes sont uniquement auprès de Dieu, je ne suis qu'un Avertisseur explicite. »(sourate XXIX-50)

Nous avons déjà souligné l'influence de la Bible sur la religion de Muhammad. C'est au point que juifs et chrétiens sont appelés "peuples du Livre". II fallait donc que la nouvelle révélation soit, elle aussi, contenue dans un Livre et ceci en dépit de son caractère oral (Coran vient de "Igra!", "Récite!" qui est l'ordre donné à Muhammad lors de ses premières visions; voir à ce propos Esaie 40 v. 6!).

On remarque que l'ange Gabriel est précisément celui qui, selon la Bible, fut envoyé à Daniel pour lui expliquer la vision (Daniel 8 v. 15-16) ou à Marie pour lui annoncer sa mission particulière (Luc 1 v. 26).

PROPHETES ("anbiyâ' ")

Selon le Coran, Muhammad est le "sceau" (sourate XXXIII:40) d'une longue lignée de prophètes et d'apôtres envoyés par Allah aux hommes corrompus pour leur prêcher le monothéisme, depuis Adam jusqu'à Jésus, fils de Marie. Vingt-cinq d'entre eux sont nommés dans le Coran et six sont considérés comme très importants pour les musulmans

(a) Adam            (d) Moise
(b) ;              (e) Jésus
(c) Abraham        (f) Muhammad

Nous t'avons inspiré comme nous avions inspiré Noé et les prophètes venus après lui. Nous avions inspiré Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob, les Tribus, Jésus, Job, Jonas, Aaron, Salomon et nous avions donné des Psaumes à David. (sourate IV:163)

ECRITURES ANTERIEURES

Selon Muhammad, Moïse a reçu d'Allah la "Thawra", Jésus a reçu I"'Evangile" ("Injîl"). Muhammad confirme ces Ecrits (sans les connaître directement) mais leur surimpose le Coran, révélation plus complète et dernière.

Ceux qui croient,
ceux qui pratiquent le judaïsme,
ceux qui sont chrétiens ou çabéens,
ceux qui croient en Dieu et au dernier Jour, ceux qui font le bien:
voilà ceux qui trouveront leur récompense auprès de leur Seigneur...
(sourate II:62)

Muhammad reprend à son compte une bonne part de l'argumentation des chrétiens en ce qui concerne le Nouveau Testament, complétant et rendant en partie caduques les prescriptions de l'Ancien Testament. II prétend que les Livres reçus de Dieu annonçaient la venue de Muhammad, mais que les hommes ont "caché" ou "gauchi" ces textes. Les Ecritures reconnues du bout des lèvres par tout musulman sont le Pentateuque ("tawra"), les Psaumes ("zabur"), l'Evangile ("injil") et le Coran ("qur'an"), mais seul ce dernier fait autorité.

JOUR DERNIER ("el-yaum el-akhir")

Tout homme ressuscitera et devra rendre compte à Dieu de ses actes dont registre est tenu. Les Justes iront au Jardin des Délices (souvent perçus comme charnels), les Impies au Feu ! C'est là le message initial et le plus percutant de la prédication de Muhammad.
Pour être parmi les Justes, la "foi" doit s'exprimer au travers des ceuvres; l'ensemble des musulmans reconnaît cinq "piliers" de la "foi", actes symboliques qui rythment toute la vie de la société musulmane:

  • la Confession de la Foi
  • la Prière rituelle à cinq moments de la journée
  • l'aumône pour les pauvres et pour le culte
  • le jeûne diurne pendant le mois de Ramadan
  • le Pèlerinage à la Mekke.

LE DETERMINISME "gadr", "gada"')

En islam, le bien et le mal sont prédéterminés. Cette notion n'est pas toujours incluse dans la liste des croyances mais en fait normalement partie .

Périsse l'homme! Comme il est impie!
De quoi l'a-t-il créé? D'une goutte de sperme.
Il l'a créé et 11 a décrété son Destin,
Puis le Chemin, II lui a facilité,
Puis 11 l'a fait mourir et mettre au tombeau,
Puis, quand 11 voudra, 11 le ressuscitera.
(sourate LX)O..17-22; Blachère)

Ainsi Allah égare qui 11 veut et guide qui 11 veut! (sourate LXXIV:31; Blachère)

LE COMBAT (JIHÂD)

On ajoute souvent aux piliers de l'islam une sixième exigence, le "JIHAD" ou combat dans le chemin d'Allah; c'est l'effort consenti pour propager les doctrines de l'islam. Les musulmans ne sont pas d'accord entre eux sur les limites que doit respecter le zèle pour Allah.
Pour certains modernistes, le Jihâd est avant tout la conquête de l'être intérieur qui se donne tout entier à Allah, un peu comme la sanctification dans le christianisme. II s'agit alors de combattre ses passions et de donner à Allah de plus en plus d'autorité dans sa vie. Mais la lecture la plus constante à travers l'histoire de l'obligation de "Jihâd" est bien la Guerre sainte contre les Infidèles, les Associateurs qui doivent embrasser l'islam ou mourir.

CREDO PAULINIEN

II y a un seul Dieu
 

Et aussi un seul Médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme qui s'est donné lui-même en rançon pour tous. (1 Timothée 2 v. 5-6)

CHAHADDA

II n'y a pas d'autre divinité excepté Allah
 

Et Muhammad est l'apôtre d'Allah.

"SYMBOLE DES APOTRES"

Je crois en Dieu le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre;
Je crois en Jésus-Christ Son Fils, notre Seigneur,
qui a été conçu du Saint-Esprit, né de la vierge Marie,
il a souffert sous Ponce Pilate;
il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli.
II est descendu aux enfers;
Le troisième jour, il est ressuscité des morts;
il est monté au ciel et il est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant.
De là, il viendra pour juger les vivants et les morts.
Je crois au Saint-Esprit;
Je crois à la sainte Eglise universelle,
à la communion des saints,
au pardon des péchés,
à la résurrection de la chair
et à la vie éternelle.
Amen.

 

POINTS DE LA FOI MUSULMANE

Dis: «Dieu est Un!Dieu!...
L'Impénétrable! II n'engendre pas;
il n'est pas engendré; nul n'est égal à lui.» (sourate CXI1:1-4)
Ils ne l'ont ni tué,ni crucifié, mais son sosie a été substitué à leurs yeux. (sourate IV: 157)
Le Messie, fils de Marie, n'est qu'un apôtre avant lequel les apôtres [antérieurs] ont passé. (sourate V:75)
Croyez en Dieu et en son Prophète,
au Livre qu'il a révélé à son Prophète et au Livre qu'il a révélé auparavant. (sourate IV: 136)

LA PRIERE DANS LES DEUX RELIGIONS

La première sourate du Coran ("AI-Fatiha", celle qui ouvre le Coran) joue pour les musulmans un rôle analogue à celui du "Notre Père" pour les catholiques. C'est la Prière musulmane par excellence, qui constitue le noyau des cinq prières quotidiennes.

"ORAISON DOMINICALE"

Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton Règne vienne,que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour,

et pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés;

Ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du malin.

Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire, aux siècles des siècles.

Amen. (Matthieu 6 v. 9-13; cf. Luc 11 v. 2-4)

LA "FATIHA"

Au nom de Dieu : Celui qui fait miséricorde, Le Miséricordieux,
Louange à Dieu, Seigneur des mondes, Celui qui fait miséricorde, Le Miséricordieux, Le Roi du Jour du Jugement.
C'est toi que nous adorons,
C'est de toi que nous implorons le secours.
Dirige-nous dans le chemin droit : Le chemin de ceux que tu as comblés de bienfaits ; Non pas le chemin de ceux qui encourent ta colère,
Ni celui des égarés. (sourate 1:1-7)

Comment te vois-tu devant Dieu?

Le tableau ci-dessous compare les conceptions chrétienne et musulmane des relations entre Dieu et les hommes; nous avons omis les références par souci de clarté, mais la plupart de ces points de divergence seront abordés plus loin dans cet ouvrage. Après avoir répondu à la question: "Que crois-tu?", on passe à un niveau plus intime: "Comment te vois-tu devant Dieu?"

CHRISTIANISME

Avant la chute, la relation de Dieu avec l'homme était celle d'une communion parfaite.

L'homme, par sa chute, passa d'un état spirituel de droiture et d'innocence à celui d'une communion brisée, de culpabilité et de condamnation devant Dieu.

La nature pécheresse d'Adam, résultant de la chute, fut transmise à toute l'humanité, sauf à Jésus, Fils de Marie.

L'instabilité morale et la tendance à commettre le péché furent le résultat direct de la chute.

Le péché (la racine) et les péchés (le fruit) sont distincts dans la Bible.

Dieu est absolument saint et juste, donc tout péché et tous les péchés, devant lui, méritent la condamnation.

ISLAM

La chute n'a rien changé dans la relation de l'homme avec Dieu (relation de servitude).

La chute de l'homme était une chute physique, consistant en son expulsion d'un paradis matériel pour se retrouver sur la terre.

Après la chute, la nature d'Adam était inchangée. Chaque descendant d'Adam est sans péché à sa naissance.

L'homme a été créé faible. La tendance au péché dans l'homme est due à un acte d'Allah. II n'y a pas de péché originel dans l'humanité. Chaque péché est seulement une action dans toute une série d'actes ou de péchés.

Le Tout-Puissant guide ou rejette qui il lui plaît. II est libre de condamner ou de pardonner comme il lui plaît.

CHRISTIANISME

Les bonnes oeuvres ne peuvent faire gagner la faveur de Dieu,
ni Le disposer à pardonner les mauvaises actions,
ni couvrir le péché ou les péchés,
ni supprimer la culpabilité,
ni effacer le péché ou garantir l'avenir.

Dieu exige de l'homme le plus haut degré d'amour et de sainteté. II requiert une obéissance volontaire, aimante, en pensées, paroles et actes.

Nul homme ne peut gagner des mérites pour lui ou pour les autres, car une seule personne, Jésus-Christ, a rendu à Dieu une complète obéissance entraînant la justification. Aucun autre n'a jamais rempli ses devoirs envers Dieu.

Le ciel est un état d'éternelle communion parfaite et inaltérable avec Dieu.

ISLAM

Les péchés sont de deux sortes,
les grands et les petits:
la rébellion contre Allah ou la simple désobéissance par faiblesse.
Mais ces péchés peuvent être effacés par de bonnes oeuvres.
Si Allah le veut, les bonnes oeuvres de l'homme peuvent aboutir à de tels résultats. Allah exige de l'homme l'obéissance d'un esclave pour son maître.
Allah a rendu le fardeau de l'homme léger. L'homme peut accumuler les mérites et gagner des récompenses.

Le ciel est un état de plaisir sensuel illimité.

Ainsi l'islam ne reconnaît pas la corruption totale de l'homme, ni la nécessité d'un sacrifice expiatoire, ni la possibilité de savoir ici et maintenant si l'on est sauvé. "Si Allah le veut ... (in cha'allah)"! Le même mot "miséricorde" qui caractérise Dieu dans les deux religions n'a pas du tout la même signification. Le musulman compte sur l'indulgence de Dieu, le chrétien est justifié par le sang de Christ. La pratique religieuse du musulman sera peut-être cause de son salut, celle du chrétien est conséquence de sa régénération. Le chrétien sait qu'il est déjà sauvé parce qu'il aime Dieu, le musulman craint Dieu dans l'espoir d'être sauvé un jour.