La nécessité d'interpréter les Écritures

Bref aperçu

La révélation de la Parole de Dieu ne s’est pas faite instantanément, mais sur une période s'étalant sur plusieurs centaines d'années; Son message s'adressait originellement à des personnes vivant il y a au moins 2000 ans sinon beaucoup plus, dans une société et d'un arrière plan très différent du notre. Pour garder ce message actuel, les chrétiens ont au fil des siècles interprété son contenu pour l’appliquer à leur propre époque. D'ailleurs, Jésus Lui-même a à plusieurs reprises, expliqué l'Ancien Testament à ses contemporains; un exemple se trouve dans l’évangile de Luc le verset 27 du chapitre 24 lorsqu’il est dit de Lui que «…commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait.». Cependant, hormis Jésus qui avait toujours une compréhension et une interprétation parfaite des Écritures, il arrive que les hommes, à cause de leur nature pécheresse aient une compréhension erronée du texte biblique. Pour minimiser ces erreurs, une méthode systématique et éprouvée est nécessaire pour aborder l'étude de la Bible: c'est le rôle de l'herméneutique biblique; C’est la science mais aussi l’art d’interpréter les Écritures, science parce qu’elle obéit à des règles et des méthodes définies et précises, mais aussi un art car elle utilise la communication, qui requiert une certaine flexibilité. La flexibilité du langage ne répond pas toujours à des règles précises.

Il importe de souligner la nécessité du Saint-Esprit pour une juste compréhension du texte et par conséquent la nécessité pour l'interprète de l’avoir demeurant dans son cœur. On ne saurait avec un cœur inconverti réellement pénétrer le sens de la révélation de Dieu dans Sa parole. «Mais l'homme qui n'a pas l'Esprit de Dieu ne peut pas recevoir les vérités qui viennent de l'Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, il est incapable de les comprendre, car on ne peut juger que par l'Esprit.» dit 1Cor 2:14. Cependant pour le chrétien véritable, la nécessité d’étudier avec sérieux et diligence, en utilisant des méthodes définies demeure s’il veut en pénétrer les richesses. Les vérités suivantes devraient aussi êtres prises en compte dans cette étude:

La Bible n’est pas un livre comme les autres.

C’est la Parole de Dieu, elle est révélée par le Saint-Esprit, selon 2 Timothée 3:16 «Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice». Ce n’est pas un livre magique. Mais elle a changé et continue à changer des vies aujourd’hui.

La Bible s’interprète d’elle-même

D’ailleurs, Jésus lui-même considérait l’importance d’interpréter la Bible. Matthieu 5: 17-19 ou d’autres passages montrent le respect que peut avoir Jésus pour les Écritures et nous prône une vie ancrée dans les principes de la Parole de Dieu. Il n’est pas «venu pour abolir, mais pour accomplir».

L’interprète est pécheur

A cause de sa nature pécheresse, l’interprète est sujet à des erreurs et à des mauvaises interprétations du texte biblique. L’homme depuis la chute a vu son intelligence, ses émotions, sa volonté, ses pensées, ses désirs, ses motivations, etc. affectés par le péché. L’effet du péché entraîne une incapacité naturelle d’atteindre Dieu, de connaitre sa volonté et de Lui plaire de manière désintéressée et seulement pour Sa gloire.

Le Seigneur a daigné se révéler à nous par sa Parole. Veillons à la façon dont nous la lisons, afin de ne pas l'interpréter d'après la vision du monde qui prédomine dans notre culture postmoderne. La juste interprétation requiert de la part du lecteur un travail sur le texte et un travail sur lui-même. La distance entre l'auteur initial, les premiers lecteurs et les lecteurs actuels peut être surmontées. Nous devons donc honorer les Écritures dans leur totalité (2 Tim 3:16), y compris les passages difficiles, obscurs ou qui ne s'appliquent plus directement à nous.

 


Impact des différents écarts

Lorsque nous lisons un texte ancien, et plus particulièrement la Bible nous devons être conscients qu’il existe plusieurs types d’écarts, dus aux différents sous-entendus, tournures de langages, coutumes et pratiques des gens de l'époque de la rédaction du texte. Ces différents écarts peuvent être classés dans les catégories suivantes:

Écarts historiques

L’écart historique qui nous sépare des différents auteurs de la Bible s'étale de 2000 jusqu'à 3600 ans. L’analyse du contexte historique implique une prise en compte de la situation vécue par l’auteur et ses lecteurs. L’herméneute se posera les questions suivantes : À quelle période de l’histoire le texte a-t-il été rédigé? Quelles étaient la situation politique, économique et sociale de l’époque? Quelles menaces ou préoccupations touchaient l’auteur et son audience? Quel degré d’engagement spirituel prévalait en ce temps là ou occasionna l’intervention de l’auteur, etc.

Écarts culturels

Les coutumes, les valeurs, les relations interpersonnelles, etc. sont autant de portes qui, une fois ouvertes, nous font pénétrer dans la culture d'un peuple afin de mieux le comprendre. Ainsi, les faits relatés dans la Bible sont des évènements expérimentés par des personnes réelles qui ont vécu et communiqué dans leur propre système culturel. Considérer et comprendre ces différences nous permet d'aborder le texte d'un meilleur angle. Ces quelques exemples nous éclairent:

- Dans Matthieu 8:1-4, où Jésus s’approche d’un lépreux et le touche pour le guérir. De nos jours, l’événement ne paraît pas si extraordinaire, mais à l’époque, les lépreux mis en quarantaine étaient considérés comme des parias de la société. La connaissance de cette réalité culturelle envers les lépreux nous permet de voir que Jésus pose donc un acte très peu naturel pour l’époque.

- Paul dans 1Corinthiens 11:4-6, écrit “Toute femme, au contraire, qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef: c’est comme si elle était rasée. Car si une femme n’est pas voilée, qu’elle se coupe aussi les cheveux. Or, s’il est honteux pour une femme d’avoir les cheveux coupés ou d’être rasée, qu’elle se voile.” Une lecture superficielle du texte peut sembler lier une honte intrinsèque au fait d'avoir les cheveux coupés pour une femme. Une étude de l'arrière plan historique suggère cependant une explication plus plausible: Les cheveux courts étaient une marque typique des prêtresses d'Aphrodite qui se livraient à une prostitution sacrée. Il était aussi commun à cette époque de raser la tête des femmes convaincues d'adultère.

- Il serait aussi incorrect de vouloir expliquer aujourd’hui le verset 24 de Deutéronome 23 « Si tu entres dans la vigne de ton prochain, tu pourras à ton gré manger des raisins et t'en rassasier; mais tu n'en mettras point dans ton vase.» sans tenir compte du contexte culturel de l’époque. De la même façon, utiliser les versets 19 et 20 du même chapitre «Tu n'exigeras de ton frère aucun intérêt ni pour argent, ni pour vivres, ni pour rien de ce qui se prête à intérêt. Tu pourras tirer un intérêt de l'étranger, mais tu n'en tireras point de ton frère…»  pour refuser de payer des intérêts sur un emprunt résulte d’une interprétation qui fait fi du contexte de l’époque.

Écarts linguistiques

De Moïse à l'apôtre Jean et jusqu'à notre époque moderne, des mots comme "justice", "cœur", "chair", "entrailles" et bien d'autres, ont un sens biblique tout différent du sens actuel. Ces mots assez courants dans la Bible, demandent à être correctement définis pour comprendre le sens des Écritures. La grammaire et la syntaxe des langues bibliques diffèrent substantiellement de celles de nos langues modernes. Les difficultés de traduction viennent s'ajouter à celles de l'interprétation du texte original lui-même, comme le montre les exemples qui suivent:

- Le mot «amour», qui en français est le même, mais dans les écritures a trois usages en grec eros, philia et agapè. Les premiers traducteurs de la Bible, de l'hébreu au grec, ont aussi eu un choix difficile à faire pour traduire les mots hébreux ahabah et hesed désignant l'amour. Certaines traductions de la Bible utilisent le mot «charité» à la place du mot «amour» comme dans 1Corinthiens 13:1-13.

- Dans Luc 2:14, à propos de la naissance de Jésus la version Darby traduit: “Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts; et sur la terre, paix sur la terre et bienveillance envers les hommes!”. Cette traduction cependant, semble entrer en conflit avec Matthieu 10:34 où Jésus dit: “Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée.” La recherche dans un dictionnaire grec du sens du mot bienveillance nous donnerait une définition correcte mais ne lèverait pas le conflit. Le problème est résolu lorsque l'on découvre que dans le passage de Luc relatif à la naissance de Jésus, en grec, le mot bienveillance est utilisé pour qualifier les hommes. La paix que les anges annoncent est donc uniquement pour les hommes de bienveillants (ou de bonne volonté); d'ailleurs la version de Louis Segond traduit plus correctement le passage par: “Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, Et paix sur la terre parmi les hommes qu’il agrée!” La syntaxe de la langue originale est donc une clé importante dans la compréhension correcte des mots dans une phrase

Écarts philosophiques

Lors de la rédaction du texte, l’auteur humain original était certainement influencé par la philosophie de son époque. Leurs idées sur la nature humaine, la nature de la réalité et l'appréhension du monde étaient assurément différentes des nôtres aujourd'hui. On peut définir la philosophie comme un système complet d'idées sur la nature humaine et la nature de la réalité que nous vivons, ce qui détermine nos choix et nos relations aux autres dans la vie. Dans les temps bibliques, pour les juifs, tout était relié à Dieu. Dieu a créé l'univers et donc l'homme. Ils étaient le peuple de Dieu, et Dieu lui même dans sa Parole avait fixé les règles de vie spirituelle, civile et morale. L'univers entier était perçu à travers les lentilles des Écritures. Aujourd'hui, cette parole est censée s'appliquer à nous, qui vivons qui vivons dans un monde influencé par des philosophies bien différentes. Aujourd'hui, on ne croit communément plus en l’existence de Dieu, le monde est le résultat du big-bang, la mentalité ambiante consiste à trouver toutes les réponses dans ses propres expériences et sa propre vision du monde. La Bible, écrite originellement pour un peuple donné et donc pour un monde philosophique précis, peut si ce contexte est négligé, ne rien vouloir dire, sinon sembler complètement inutile pour nous.

Par exemple, lorsque l'ancien testament aborde un thème comme l’idolâtrie, la référence était faite à des éléments physiques et matériels: veau d’or, statues de bois devant lesquels l'on se prosternait ou auxquels on sacrifiait des animaux etc... Aujourd’hui, ces actes nous sont probablement inconnus et barbares. Toutefois, le principe de l’idolâtrie correspond davantage au fait de donner à une autre chose/personne, la place qui revient à Dieu.

Prendre conscience des écarts historiques, linguistiques, philosophiques et culturels permet au lecteur de replacer une histoire, une parabole ou un verset dans son contexte. Ceci est primordial pour une bonne interprétation et permet de mieux comprendre le principe qui dicte le verset et ainsi la bonne application. Une Bible d’étude, une concordance ou d’autres ouvrages permettront au chrétien d’avoir une meilleure idée du contexte duquel est tiré un passage, de faire des liens entre Ancien et Nouveau Testament et ainsi de dégager le principe biblique qui est encore applicable pour sa vie, le tout dans la prière et avec l’aide du Saint-Esprit


Un texte biblique peut-il avoir plusieurs sens?

Penchons-nous sur la question du sens d'un texte donné.

Supposons qu’un jour, vous écriviez à votre meilleure ami et que cette lettre se perdre. On la retrouve 200 ans plus tard et trois personnes essaient de comprendre le texte. La 1ere dit : « Selon moi, cette lettre veut dire … », La 2e rétorque qu’il comprend autre chose. Enfin la 3e personne dit aux 2 autres qu’ils ont tous tort. De votre perspective céleste, comme observateur non passionné par la dispute, si vous deviez donner un conseil pour interpréter cette lettre que diriez-vous?

 

  • Est-ce possible que votre lettre ait plusieurs sens?
  • Si oui, il y a-t-il une limite dans le nombre de sens possible? Si oui, critère allez-vous proposer pour éliminer les sens non valides
  • Si votre lettre à un seul sens, quel critère allez-vous donner aux 3 personnes afin de les aider à bien interpréter votre lettre?

Quel est le sens du texte? Trois aspects entrent en jeu: Le sens de l’auteur (ce que l’auteur a voulu transmettre comme idée dans sa lettre), le sens textuel (le sens des mots employés, leurs définitions et la syntaxe) et le sens perçu ou compris par le destinataire. Comme le destinataire connaît bien l’auteur et le contexte, il peut savoir quel est le sens que l’auteur a voulu transmettre. Cependant, quelqu’un d’étranger, qui tombe sur cette lettre dans un contexte différent et une époque différente pourrait se tromper sur le sens initial prévu par l’auteur car il ne saisit pas certaines subtilités (ironie, références implicites à un souvenir commun aux deux personnes, etc…). On peut donc résumer les sens possibles à un texte:

  • Le sens de l’auteur : ce que l’auteur veut dire
  • Le sens textuel : ce que les mots (et leur combinaison (ou syntaxe), les phrases veulent dire
  • Le sens perçu ou compris : ce que le lecteur comprend compte tenu de ses présuppositions.
  • En ce qui concerne l'Écriture, plusieurs positions sont défendues par différents érudits:

L’auteur peut prévoir plusieurs sens ou niveaux de sens (sens littéral et sens spirituel). Cette position n’est pas soutenable car un texte biblique a un seul sens, même si ses applications peuvent être variées.

  • Un lecteur peut simplement créer un nouveau sens au texte, non prévu par le texte (on parle d’eiségèse). Cette position est mauvaise car on ne peut pas ignorer l’intention de l’auteur d’un texte.
  • En plus du sens prévu par l’auteur, le St-Esprit peut avoir encodé un sens caché dans le texte, inconnu de l’auteur même (sensus plenior = sens plénier ou plus profond). Cette position pose le problème quant à la méthode correct de détermination du sens plénier.
  • Une variante du sens plénier serait qu’un premier auteur biblique ait voulu exprimer une idée, mais qu’un auteur biblique postérieur y a trouvé un sens additionnel, non prévu par l’auteur original. Par exemple, dans Ésaïe 7:14 «C'est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe, Voici, la jeune fille deviendra enceinte, elle enfantera un fils, Et elle lui donnera le nom d'Emmanuel », le contexte immédiat du texte montre qu’Ésaïe répond au peuple et au roi de Juda sur un signe que le Seigneur leur donnera comme une preuve de leur délivrance de Retsin, roi de Syrie qui les assiégeait. Plusieurs siècles plus tard (et après un premier accomplissement de cette prophétie), Matthieu réutilise le même texte mais cette fois ci pour l’appliquer à la naissance de Jésus. On peut se demander alors, quel était le niveau de compréhension avait le prophète lors de cette prophétie? En d’autres termes existe-t-il un sens profond inconnu au prophète lui-même?
  • L’auteur a prévu seulement un seul sens dans son texte. Cette position soutient qu’un lecteur ne peut pas trouver dans un texte un sens que l’auteur inspiré n’a pas encodé.

Conclusion

En résumé, le sens d'un texte biblique est unique, défini et stable, mais n'exclut pas la diversité des applications. La Bible doit être interprétée selon son sens littéral i.e. celui qui se dégage de l’étude du texte à la lumière des circonstances historiques qui ont marqué les auteurs ainsi que leurs textes, de l’étude du sens des mots, leur étymologie, leur emploi courant, leur sens en rapport avec le texte. Il ne faut pas non plus négliger les contextes historique, culturel et philosophique. Toute autre approche aboutissant à une signification du texte autre que celui voulu par l’auteur devrait être rejetée. Bien entendu, l'étude du sens particulier d'un passage ne fait jamais abstraction du fait qu'il s'agit d'une parole biblique, parole inspirée de Dieu dont la signification ultime est éclairée par son rapport avec l'ensemble des Écritures.