Histoire de l'interprétation de la Bible

Bref aperçu

Histoire et Canon de la Bible

L’écriture existait bien longtemps avant Moïse. Il y avait des pictogrammes en Mésopotamie et des hiéroglyphes en Égypte. L’écriture alphabétique est apparue sans doute en Phénicie ou dans la région du Sinaï juste avant l’époque de Moïse vers 1500 avant Jésus-Christ.

Le mot Canon possède au moins trois significations. Premièrement, il signifie un instrument à mesurer comme une règle utilisée par les menuisiers. Deuxièmement, métaphoriquement le mot canon signifie une règle, une norme ou un standard, et troisièmement au sens passif, il décrit un fait mesuré et accepté comme juste. Dans les premiers siècles de l’Église on accepta la signification métaphorique du mot et on l’appliqua aux doctrines acceptées comme norme de foi et de pratique. Plus tard le sens passif prédomina, même s’il était utilisé parallèlement à la signification métaphorique. D’où l’application du terme canon aux livres reconnus par l’église comme ayant une autorité.

Le canon de l’Ancien Testament

  • Le canon de l’Ancien Testament comprend la loi ou TORAH, les prophètes ou NEBIM, les Écrits ou KETUBIM. Cette classification des livres de la Bible est selon la Bible juive appelée Tanack. La classification grecque regroupe des livres de la Bible sous les catégories suivantes : le Pentateuque, les livres historiques, les livres de la Poésie et de la sagesse, les livres prophétiques, les Évangiles et les Épîtres.
  • L’Ancien Testament était complet du temps d’Esdras vers 480 avant Jésus-Christ.
  • Au synode de Yabné, certains juifs considéraient d’autres livres comme inspirés. Ce sont des livres dits apocryphes (cachés) ou deutérocanoniques (faisant partie du 2ème canon). Le Synode fixa l’ensemble des livres considérés comme canoniques au premier siècle.
  • Les livres tels 1 Esdras, 2 Esdras, le complément d’Esther, la Sagesse de Salomon, les deux livres des MACCHABEES, la Prière de MANASSE, BARUC, sont considérés comme apocryphes.

Le Nouveau Testament.

  • Les 27 livres du Nouveau Testament ont été écrits dans la 2ème moitié du 1er siècle.
  • Très tôt, la controverse s’installa dans l’Église. Certains chrétiens considéraient des œuvres apocryphes comme Écritures saintes.
  • Deux erreurs opposées menaçaient l’Église
    • Celle de Marcion qui rejetait l’Ancien Testament. Il gardait du NT que Luc et les épîtres de Paul
    • À l’inverse Montan menaçait d’ajouter aux Écritures des ouvrages bien postérieures.
  • Tous ces problèmes ont amenés l’Église à tracer une limite par la formation d’un canon du NT. Ce n’est qu’au 4ème siècle que le canon du NT a été formé.
  • Des critères de canonicité ont été établis pour reconnaître un livre.
    • L’autorité apostolique, c'est-à-dire le fait que l’un des apôtres de Jésus associe son autorité à celle du livre ou une personne étroitement liée à un apôtre.
    • La valeur déjà reconnue au livre dans les églises locales qui en avaient été les premières destinatrices. Col 4.16 et 1 Th5.27

Histoire de l’interprétation de la Bible

Les chrétiens n’ont pas attendu les temps modernes pour se lancer dans l’herméneutique des Écritures bibliques. Celle-ci a en effet commencé avec Esdras (Néh 8 :8). Les formes et méthodes d’interprétation de la Bible ont été nombreuses, variées et complexes au fil des siècles.

Les questions, suppositions, et philosophies ont affecté à différents degrés l’interprétation du texte biblique. La prémisse fondamentale est que chaque école d’interprétation a son idéologie du texte. L’idéologie regroupe les croyances, les valeurs, les attitudes sous-jacentes qui structurent la vision du monde, qu’elles soient intellectuelles ou théologiques.

Leurs résultats sont plus ou moins efficaces et proches du sens du texte. Si Jésus lui-même a été et reste le seul interprète infaillible de la Parole de Dieu, il est important de savoir que le système d’interprétation que nous utilisons n’est pas le seul qui ait existé. De plus, il est bon de comprendre les erreurs de certains interprètes afin de ne pas les reproduire. Examinons l’évolution de l’interprétation au fil de l’histoire.

L’interprétation judaïque

Durant la composition et la transmission des livres de l’Ancien Testament, l’interprétation des nouveaux textes se référaient aux précédents dans un processus dénommé inter-textualité. Plusieurs branches sont apparues, en fonction des livres qui étaient reconnus comme essentiels à la compréhension des événements que les juifs vivaient. La tendance qui prédominait est appelée "midrash". Elle était fortement basée sur l’attribution d’un sens particulier aux unités lexiques, au nombre d’occurrences des mots dans un texte, tout cela sans un grand attachement au contexte. Puisque les Écritures étaient la Parole de Dieu, aucun mot, aucune répétition ou redondance ne pouvait être superflue et donc ignorée.

  1. Interprétation Midrashique - Elle recourt à des procédés rhétoriques tels que l'allégorie, la métaphore, la concordance, l'analogie, la gématrie (forme d'exégèse dans laquelle on additionne la valeur numérique des lettres et des phrases afin de les interpréter). On prétend que chaque détail de grammaire a un sens caché, ce qui mène à négliger le sens original. Les rabbins utilisaient cette méthode et interprétaient selon la tradition juive en se basant sur les propos de rabbins influents du passé que sur les Écritures. Dans les termes modernes, on utilise aussi le terme interprétation atomiste pour décrire cette méthode.
  2. Interprétation Pesher - Elle était largement basée sur la méthode midrashique en ajoutant un caractère eschatologique. Le texte avait un sens pour les lecteurs « ordinaires » et un autre sens « consacré » pour les lecteurs ayant un niveau de connaissances plus élevé. Cette méthode d’interprétation était très utilisée par la communauté monastique de Qumran qui s’était séparée des juifs de Jérusalem parce qu’ils jugeaient que ces derniers s’étaient pervertis au contact des romains.
  3. L’interprétation allégorique - Pratiquée principalement et soutenue essentiellement par l’école d’Alexandrie tente de réconcilier les Écritures et la philosophie grecque. 20 ans avant JC, la langue grecque s’imposa parmi les juifs et l’interprétation allégorique était alors largement pratiquée. Prenant ses racines dans la Philosophie de Platon, l’historien, philosophe et rabbin juif hellénisé Philon, affirmait que l’humain se composait du corps et de l’âme, et donc que les écritures avaient un sens littéral pour le corps et un sens allégorique pour l’âme. Il croyait également que les noms et nombres avaient un sens caché. Cette manière d’interpréter les écritures est à rejeter, car il tentait de réconcilier les Écritures avec la philosophie grecque, considérant ainsi les écritures comme non complètes.
  4. L’interprétation littéral (ou peshat) - Le peshat se définit comme une démarche de simplification du texte biblique afin d'en donner le sens le plus clair et le plus direct, par des analyses herméneutiques fines et poussées. Le texte hébraïque regorge d'aspérités, de difficultés, de mots rares, pour ne pas dire introuvables ailleurs et certains versets posent des problèmes grammaticaux, syntaxiques et lexicaux. Cette méthode utilise très souvent l'analyse grammaticale et le rapprochement entre versets qui utilisent le même mot, ou la même racine hébraïque pour déduire le sens.
    Le point de départ du peshat reste l'aspérité du texte biblique, l'incohérence apparente qu'il faut résoudre. Cette méthode d’interprétation veut donner une cohérence globale au texte et procède par rapprochement, mise en parallèle de versets de différents livres pour expliquer.
    Le peshat considère que tout est dans le texte biblique et que l'explication du texte ne peut venir que du texte lui même : sa grammaire, les termes qu'il emploie aussi bien que ses redondances ou incohérences.

Interprétation au temps des Pères de l’église

Clément d’Alexandrie affirmait que le texte avait 5 sens : historique, doctrinal, prophétique, philosophique et mystique. Origène, lui, donnait 3 sens au texte: littéral, moral et mystique, quant à Augustin, il affirmait que le texte avait 4 sens : historique, étiologique, analogique et allégorique.

La période médiévale

Elle base principalement son interprétation sur la tradition ecclésiastique (l’interprétation des différents régimes papaux). Ainsi, quatre niveaux de sens sont observés : littéral (ce que Dieu a fait), allégorique (où la Foi est cachée), moral (règles de vie) et eschatologique (où finit le combat des chrétiens).

Interprétations moderne et postmoderne

Ce sont deux types d’interprétations proches qui affirment que le texte ne peut avoir un seul sens mais il en a une multitude : chaque lecteur va percevoir dans le texte une vérité qui lui est propre. On ne recherche pas le message que Dieu (ou l’auteur) a voulu transmettre, mais l’accent est mis sur ce que le lecteur va percevoir comme vérité.

On voit qu’au fil des siècles, ces méthodes d’interprétation ont cherché à démontrer une pluralité de sens, le tout influencé par la vision culturelle de la société, afin de pouvoir s’approprier des principes tirés de la Bible et justifier certaines conduites. Ces méthodes ont conduit à des dérives et même à des contresens.

L’herméneutique moderne chez les chrétiens orthodoxes

Elle reste fidèle à la Révélation de Dieu depuis environ 200 ans. L’interprète doit comprendre pleinement le sens voulu de l’auteur original par des études historiques, culturelles, linguistiques, littéraires et théologiques.

Cependant, le texte ne peut avoir qu’un seul sens, celui que Dieu a insufflé à l’auteur. C’est ce que Jésus Christ, lui-même, rappelait. Il interprétait de manière parfaite et indiscutable la parole de Dieu (Mat 12 :3-8; Mat 12 :28-45 ou Mat 21 :12-14). Au cours de l’histoire, plusieurs écoles de pensée sont revenues à cette idée qu’un texte biblique ne pouvait avoir qu’un seul sens. Tout d’abord, il y eut l’école syrienne d’Antioche qui posa les bases de l’approche littérale et historique de la Bible. Ensuite, Luther et Calvin prônaient un retour à une étude littérale et sérieuse de la Bible, rappelant que la foi et le Saint Esprit étaient la base essentielle et nécessaire pour toute interprétation légitime de la Parole de Dieu. Il y eut enfin l’émergence de l’herméneutique moderne chez les chrétiens orthodoxes qui insistaient sur le fait que tout interprète doit chercher le sens de l’auteur par des études historiques, culturelles, linguistiques, littéraires et théologiques.

Avec les réformateurs, une grande fracture d’interprétation avec le passé a été observée et l’interprétation du texte biblique est retournée à une base fortement littérale et historique. En partant du fait que la Bible était inspirée, c’est-à-dire soufflée de Dieu il faut donc retourner au sens original de l’auteur inspiré. Pour cela, l’étude de l’arrière plan historique, contextuelle, syntaxique et grammaticale devint systématique et les symbolismes furent abordés d’un point de vue littéraire, en les interprétant selon leur genre plutôt que par un sens mystique

Ainsi, depuis que la Bible existe, l’être humain cherche à interpréter la parole de Dieu et surtout cherche à trouver la bonne méthode pour le faire. Nous voyons qu’il en existe de nombreuses influencées par le contexte socioculturel de l’époque, allant parfois jusqu’à déformer les vérités bibliques. De ce fait, lorsque nous voulons interpréter un texte biblique, nous devons être prudent et ne pas reproduire ces erreurs et se rappeler que les bases d’une bonne exégèse est de s’appuyer sur l’aide et l’éclairage du Saint Esprit.


Problématique de la méthode d'interprétation allégorique

L’interprétation allégorique domina largement l’exégèse (cette tache qui consiste à déterminer le sens d’un texte ancien) pendant plusieurs siècles. Elle fut notamment la façon la plus courante d’interpréter les paraboles jusqu’à la fin du 19ème siècle.

Une allégorie est la représentation symbolique d’une chose par une autre. Un texte allégorique a donc deux niveaux de compréhension : celui évident ou littéral et celui symbolique ou caché. La lecture allégorique s'oppose donc à la lecture littérale de la Bible. L’idée sous-jacente de cette approche est que Dieu aurait  « encodé », dans des paroles ou des histoires ordinaires, des vérités spirituelles.

Dans le domaine de l’interprétation biblique, la méthode allégorique écarte du texte le sens naturel et littéral et ne tient les narrations que comme symboles d’une réalité supérieure qu’il faut extraire. Par exemple la parabole du Bon Samaritain dans Luc 10.25-37 est souvent interprétée allégoriquement et on lui attribue une signification christologique. Voici en quoi consistait l’interprétation d’Augustin sur ce passage. Un homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho = Adam

  • Jérusalem = la cité céleste de la paix, d'où Adam est tombé
  • Jéricho = la lune, signifie ainsi la mortalité d'Adam
  • les brigands = le diable et ses anges.
  • le dépouillèrent = c'est-à-dire de son l'immortalité
  • le rouèrent de coups = en le persuadant de pécher
  • et le laissèrent à demi mort = en tant qu'homme il est vivant, mais il est mort spirituellement, il est donc à demi-mort
  • le sacrificateur et le Lévite = le sacerdoce et le ministère de l'Ancien Testament
  • le Samaritain = signifie gardien, dit-on, c'est pourquoi il s'agit de Christ lui-même
  • banda ses plaies = signifie ôta le joug du péché
  • l'huile = la consolation d'une bonne espérance
  • le vin = exhortation à travailler avec ferveur d'esprit
  • la monture = la chair du Christ incarné
  • l'hôtellerie = l'Église
  • le lendemain = après la résurrection
  • deux deniers = promesse de cette vie et de la vie à venir
  • l'hôtelier = Paul

Si cette parabole, pour être comprise dans son sens spirituel et christologique, doit être interprétée d'une manière allégorique, on s'explique difficilement alors comment le docteur de la loi est parvenu à la comprendre un tant soit peu.

Prenons un autre exemple de cette approche: la prise de Jéricho. La chute des murailles de cette ville fortifiée représente les victoires dans la vie chrétienne. Les trompettes qui retentissent, sonnées par les sacrificateurs, représentent l’annonce de l’Évangile par les pasteurs. Josué ordonne au peuple de se taire pendant l’encerclement de la ville: «Vous ne crierez point, vous ne ferez point entendre votre voix, et il ne sortira pas un mot de votre bouche» (Josué 6 :10). Du coup, les simples fidèles ne doivent pas eux-mêmes faire entendre leur différence et doivent garder le silence face à leurs responsables spirituels, leur témoignage se limitant à leur comportement, sans aucune parole… Les apôtres ont considéré certaines personnes, objets ou événements de l’Ancien Testament comme étant des symboles et leur ont conféré une explication spirituelle ultime pour le présent ou l’avenir. Dans Galates 4 :21 – 5 :1 «Car il est écrit qu'Abraham eut deux fils, un de la femme esclave, et un de la femme libre. Mais celui de l'esclave naquit selon la chair, et celui de la femme libre naquit en vertu de la promesse. Ces choses sont allégoriques; car ces femmes sont deux alliances. L'une du mont Sinaï, enfantant pour la servitude, c'est Agar, - car Agar, c'est le mont Sinaï en Arabie, -et elle correspond à la Jérusalem actuelle, qui est dans la servitude avec ses enfants. Mais la Jérusalem d'en haut est libre, c'est notre mère...», Paul interprète Sarah et Isaac comme symboles de la lignée des vrais chrétiens, tandis qu’Agar et Ismaël représentent les Juifs ayant rejeté Jésus comme le Christ. Il faut cependant souligner que lorsque Paul utilise ces protagonistes comme symboles, il ne voulait pas renier le sens littéral ou encore en faire le point central de son argumentation. Le principal défaut de cet outil est la subjectivité sur laquelle il s’appuie. Sous prétexte d’y discerner un sens plus spirituel, on peut faire dire au texte ce qu’on veut. L'un des principaux problèmes avec l'interprétation allégorique se trouve dans le fait que cette manière de lire la Bible produit habituellement plusieurs excès regrettables dans l'interprétation. Car il n'existe pratiquement aucun critère ni clé herméneutique pouvant guider le lecteur dans son interprétation allégorique de la Bible. L'interprétation est donc totalement livrée à l'arbitraire. Ainsi, selon la lecture allégorique par certains Pères de l’Église, l’histoire d’Hérode (qui a massacré les enfants en dessous de deux ans et qui a laissé vivre ceux de trois ans) signifierait que seuls ceux qui croient en la trinité seront sauvés. L’interprétation allégorique a été cependant très largement utilisée depuis l’église primitive jusqu’à la réforme protestant au 16e siècle. Elle était aussi populaire dans le sens qu’elle permettait de résoudre les perplexités de certains passages difficiles du texte biblique et de les harmoniser avec certaines traditions ou enseignements communément véhiculées dans l’Église; en assignant à chaque texte des sens cachés, mystiques, au-delà du sens primaire convoyé par le texte littéral Il ressort donc que la méthode allégorique d’interprétation ne conduit pas au sens original du texte. Il donne seulement un sens additionnel, spirituel, ajouté, inexistant au départ. A cause de cela, elle laisse une grande part d’autorité à l’interprète. Ce dernier devient lui-même en quelque sorte une référence, sans que son interprétation puisse être réfutée ou non. Elle transforme la Bible en un ensemble de paraboles, de fictions (du moins au point de vue historique), où aucun des mots du texte n’a en réalité le sens naturel ou le sens original de l’auteur. Elle fait abstraction du contexte immédiat, historique, et culturel du texte. De plus, elle viole un principe important d’interprétation qui énonce que l’interprète objectif devrait essayer de découvrir le sens intentionnel de l’auteur, tel qu’il aurait voulu que les destinataires originaux le comprennent, plutôt que d’y surimposer son propre sens. Cette méthode est à rejeter car elle suppose qu’il faut chercher à l’extérieur de la Parole les explications pour la comprendre. Vue comme cela, la Bible devient un livre obscur incompréhensible pour l’homme, ce qui le mène à mal interpréter la Bible.

Chercher le sens du texte à l’extérieur de la Parole mène à une interprétation subjective, alors que Dieu est objectif en toutes choses. Le danger alors, comme Martin Luther l’affirmait, c’est que l’Église en arrive à déterminer ce que les Écritures enseignent au lieu que ce soit les Écritures qui déterminent ce qu’enseigne l’Église. Tout comme le soutenait Calvin «L’Écriture s’interprète elle-même». L’étude du contexte, de la grammaire, des mots et des passages parallèles pour arriver à une exégèse devrait être les guides pour interpréter au lieu de partir de sa propre vision et d’arriver à une eiségèse (attribution d’un sens à un texte autre que celui prévu par l’auteur) qui en soit est antithétique avec la volonté de l’auteur original.


Problématique de la méthode d'interprétation postmoderne

  • Nous vivons dans une société que l’on qualifie de postmoderne. Le postmoderniste a vu le jour dans les années 1970, avec les «déconstructionistes» français, tels que Derrida, Foucault et Lyotard qui ont été les pionniers de ce mouvement philosophique. On peut caractériser ce courant comme suit :
  • L'individualisme est dominant, car on vit pour soi.
  • Il faut vivre avec le maximum de plaisir.
  • Il faut vivre au jour le jour.
  • Il faut toujours être relatif.
  • Il faut écouter nos sentiments avant notre raison.
  • Il n’y a plus de méthode unique ou objective de recherche : la déconstruction des éléments d’un texte, par exemple, permet sa reconstruction en de nombreuses interprétations possibles.
  • Pour interpréter, il est de mise que chacun aborde la question avec ses bagages propres et la subjectivité devient un facteur déterminant.
  • L’expérience est la norme en toute chose.

Depuis la période moderne (1800 à aujourd’hui) dans l’interprétation des textes bibliques, l’accent qui était jadis mis sur la source divine a cédé sa place à la source humaine. Le relativisme qui marque également la société contemporaine en général se démontre par l’absence de vérité ultime. On dira que tout est relatif, que ce qui est vrai pour un ou dans une situation donnée ne l’est pas nécessairement pour un autre dans un autre contexte.

Dans le contexte théologique, le postmodernisme est une approche qui s’oppose typiquement aux méta-narrations bibliques, c'est-à-dire aux vues qui se proposent d’expliquer toute réalité de façon universelle ou du "point de vue de Dieu". Le postmodernisme est post dans le sens qu’il renie l’existence d’un quelconque principe véridique ultime et qu’il doute de l’existence d’une vérité scientifique, philosophique ou encore religieuse qui expliquerait tout pour tout le monde (ce qui est l’une des caractéristiques de la pensée moderne).

L’interprétation postmoderne et son danger

Son volet interprétatif du texte biblique est fortement teinté de déconstruction, un terme introduit dans les années 60 par un philosophe français. Dans son sens le plus général, l’activité de déconstruction implique "un réexamen sceptique des polarités dialectiques qui ont formé la base de la culture et de la pensée occidentale." En d’autres termes, elle recherche un point privilégié sur lequel se base les hiérarchies usuelles. Puisque nous sommes habitués à raisonner par rapport aux présences vs absences : culture vs nature, corps vs âme, divin vs humain, homme vs femme etc., il faut donc de-centrer, dé-construire chaque terme de chaque paire pour exposer les illusions sur lesquelles la pensée moderne a été établie.

Il n’y a donc pas d’absolue référence pour une interprétation du texte biblique : ni le texte, ni l’auteur, ni le sens historique et encore moins aucun autre sens que l’interprète serait enclin à en tirer. Le texte biblique devrait ainsi être confronté à son propre flux pour en tirer une substance clé. Ainsi donc, en exemple, la rencontre de Jésus avec la femme samaritaine à un puits, décrit dans Jean 4 ne pourrait nous apprendre grand-chose par une interprétation traditionnelle. En effet, la perception de Jésus du monde de la Samaritaine (qui par exemple vivait avec un homme sans y être mariée) devrait être réexaminée, puisque ce monde lui était externe. On y retrouve ainsi un scepticisme caractérisé, qui bien que soit nécessaire pour confronter ses propres références (doute cartésien), est forcément exagéré (on parle d’hyper-scepticisme).

Un paradoxe fondamental à l’égard de l’interprétation postmoderne est qu’en plaçant tous les principes sous la loupe de son scepticisme, sa propre méthode elle-même devient alors sujet au même scepticisme. Si le procédé de dé-canonisation pouvait même nous sembler nécessaire, il faudrait nécessairement que le postmodernisme lui-même fournisse un canon, ce qu’il n’est pas prêt de faire. Paul écrit cependant : « …Dieu a répandu abondamment sur nous par toute espèce de sagesse et d'intelligence, nous faisant connaître le mystère de sa volonté, selon le bienveillant dessein qu'il avait formé en lui-même… », imposant ainsi une connaissance certaine, factuelle, essentielle bref un fondationalisme que veut nier le postmodernisme.
Un autre danger de l’approche post-moderne, comme mentionné plus haut, est l’accent qui est mit sur l’humain et sa perception au lieu de mettre l’accent sur Dieu. D’ailleurs, Jésus nous a mis en garde contre cela dans Matthieu 15.8-9 « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est éloigné de moi. C’est en vain qu’ils m’honorent, en enseignant des préceptes qui sont des commandements d’hommes. » Le lecteur qui cherche à donner un sens au texte biblique en fonction de sa personne et sa situation accorde d’avantage d’importance à sa perception des choses qu’à la recherche de Dieu. Dieu est immuable et sa Parole ne change pas, tel que le Psaume 119:89 dit « A toujours, ô Eternel! Ta parole subsiste dans les cieux. ».
En réalité, cette philosophie n’est pas si nouvelle que cela; elle reflète bien la rébellion contre une autorité suprême et la tentation à laquelle avait été exposée nos premiers parents; le serpent ancien susurre encore : "…vous serez comme des dieux." Gen 3:5.
En résumé la tâche de l’exégète consiste alors à vouloir retrouver ce sens, via des mises en contexte, recherches historiques, culturelles et grammaticales afin de trouver la volonté de Dieu et les principes à appliquer dans sa vie. Le chrétien vivant dans cette société postmoderne doit donc user de prudence et se rappeler sa condition de pêcheur, donc invoquer le Saint-Esprit par la prière avant toute tentative d’interprétation des Écritures.
Il faut accorder à Dieu la place qui lui revient dans nos vies et reconnaître l’inerrance de la Parole pour se mettre en règle avec Dieu. Il n’a pas de standards différents selon les personnes, car il ne fait pas acception de personnes.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Peshat

David H. Richter - The critical tradition: Classic Texts and contemporary trends. Pg 946.